Démarche

La démarche développée à travers mon activité pourrait se résumer par une recherche constante d’équilibres. Par équilibre j’entend chercher à approcher une harmonie entre des représentations que l’on pourrait croire en opposition, et qui sont néanmoins complémentaires.

Des équilibres donc…

En premier lieu, un équilibre entre la pensée et le faire, où la main a autant d’importance que l’intellect, où la maîtrise conceptuelle d’une réalisation a la même valeur que la maîtrise technique et les savoir-faire de sa mise en œuvre.
La compréhension d’un contexte et de ses enjeux, la dimension symbolique donnée ou la narration voulue, les solutions envisagées, les choix de représentation : tout cela donne sens à un projet et offre à l’esprit une certaine stimulation.
Le contact de la matière, l’appréhension des procédés artisanaux et industriels, la recherche d’une efficacité technique pour aboutir à une réalisation concrète provoque de surcroît la satisfaction d’aborder un projet dans son intégralité.

Le processus de création se nourrit d’un équilibre entre une approche rationnelle et une approche sensible.
L’approche rationnelle a pour but d’apporter les réponses les plus pertinentes aux problématiques posées par un projet. Les données économiques et environnementales, la question de l’usage, l’efficience technique, la réponse sociale sont autant de dimensions à prendre en compte pour que ce projet de la conception à la réalisation – un mobilier, un aménagement ou une structure – réponde au mieux à son cahier des charges.
L’approche sensible tient plus de l’état d’esprit avec lequel va être envisagé le processus de création. Il s’agit d’une part du ressenti que l’on a d’un projet, des émotions que l’on veut véhiculer, de l’histoire que l’on veut raconter, d’un imaginaire qui nourrit. D’autre part, c’est prendre la posture d’un certain abandon et d’accepter les tournures, les contraintes physiques, les choix plastiques qui s’imposent et qui maintiennent un projet dans une constante évolution. On peut alors parler d’un processus « chemin faisant » où le cadre donné est dans un continuel mouvement. Cette souplesse enrichit bien souvent une réalisation plus qu’elle ne l’appauvrit.

Le processus de « chemin faisant » répond également à la démarche du réemploi de matériaux de rebuts ou de récupération, dans laquelle s’implique mon travail. Réemployer matériaux ou objets, offre un première réponse aux problématiques environnementales. Mais lorsque ceux-ci sont utilisé consciemment, c’est aussi un enrichissement symbolique dans le résultat fini. Là encore, il faut trouver la juste place de la matière en réponse à une problématique donnée. C’est par un constant aller-retour entre récupération des matériaux et démarche de projet, que ce crée l’équilibre. Le résultat trouve alors une cohérence et un sens induit par l’usage de la matière elle-même.
La notion de « chemin faisant » et de réemploi de matériaux impacte donc le résultat plastique. Un processus en mouvement implique notamment un résultat incertain ; non pas dans la qualité du travail fourni, mais plutôt dans le rendu final. En quelque sorte, l’aspect du produit fini est généré par son propre processus d’élaboration.

Sur le plan esthétique, cette recherche d’équilibre se fait à différents niveaux. On parle ici bien entendu des équilibres à créer et des compositions à trouver entre les formes, les volumes, les couleurs et les matières, ou des jeux entre l’ombre et la lumière. Ces recherches sont le propre des métiers de la création liés à l’architecture, au design et à la scénographie.

D’autres équilibres sont au cœur de mes cheminements plastiques.

Comment produire un espace cohérent et harmonieux, mais dans une diversité heureuse ? A l’image d’une architecture vernaculaire ; les techniques constructives d’une époque, les matériaux disponibles d’un territoire et les facteurs climatiques produisent un ensemble homogène où tous les éléments de cet ensemble ont leurs propres caractéristiques. On parle d’unité et de diversité.

Le contraste induit une autre forme d’équilibre. Des éléments contrastés se soutiennent l’un l’autre. En jouant sur des contrastes de matériaux, de couleurs ou de volumes, on accentue un effet, on crée de la profondeur, on hiérarchise un ensemble. Le contraste casse une routine en imposant une rupture. J’associe volontiers des structures rigoureuses à des formes organiques, sensuelles et raffinées, ou des matériaux bruts à des détails techniques significatifs et des équipements technologiques.

Le travail de l’abstraction trouve également son pendant dans le sens donné à l’œuvre ou dans l’élément générateur. Il est rare qu’une recherche abstraite ne soit pas liée à une assise concrète. Une méthode prédéfinie, une mise en œuvre choisie ou un ensemble de matériaux va donner l’essence du rendu abstrait. Même lorsqu’une commande nécessite une production figurative, le refus du faux-semblant va entraîner une interprétation qui induit un travail sur l’abstraction.

Dans une recherche de confort visuel ou émotif, l’équilibre se situe parfois dans une notion de déséquilibre. Bien qu’une symétrie parfaite provoque souvent un effet saisissant, j’éprouve en général plus de bien-être face à une légère déstructuration. On trouve assurément plus facilement ce « désordre » dans la nature.

La recherche d’un minimalisme chaleureux est un dernier équilibre au cœur de mes orientations artistiques. A un minimalisme intemporel et hygiéniste, position dominante du design contemporain s’oppose des esthétiques surchargées et étouffantes. Sans nier la qualité plastique et fonctionnelle de certains aménagements, ni dénigrer les univers foisonnants emprunt d’identités ou de symboliques fortes, je trouve un confort d’usage et de ressenti dans une forme de minimalisme que je souhaite généreux. Aux formes pures et à la géométrie classique viennent se confronter des matières brutes et de caractère, des compositions complexes, des détails narratifs.

Ces questionnements sont assurément dans l’air du temps. A ce titre mon travail nie les discours sur l’intemporalité et s’inscrit sans honte dans l’esthétique marquée d’une époque. Ce qui ne l’empêche pas d’évoluer avec celle-ci…

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